Le massage bien-être en France n’est pas né avec les spas, les plateformes de réservation ou les réseaux sociaux. Son histoire s’écrit en France depuis près de soixante-dix ans. Une histoire faite de pionniers et de visionnaires, d’écoles et de méthodes, de gestes sortis progressivement des premiers cabinets pour aller à la rencontre du public. Une histoire faite aussi de procès, de combats professionnels, de mobilisations collectives et d’années passées à défendre une idée qui paraît aujourd’hui presque comme une évidence : le massage est un véritable métier.
Des premières recherches de Claude Camilli dans les années 1950 aux actions souvent audacieuses de Joël Savatofski à la conquête de l’espace public, des premières écoles de massages à la création de l’ASMBE puis de la FFMBE, de la bataille juridique à la construction d’un référentiel métier, du Livre blanc à l’inscription dans la nomenclature ROME de France Travail (fiche D1222), le massage bien-être français s’est progressivement construit, structuré et affirmé.
Son histoire n’a rien d’un long fleuve tranquille. Elle est faite d’initiatives individuelles devenues collectives, de convictions, de désaccords parfois, d’expérimentations et d’une volonté constante de faire reconnaître la place du toucher, du massage, du bien-être dans notre société.

En 2026, alors que le projet de norme PR NF S99-804 « Massage bien-être – Qualité de service en massage bien-être » poursuit son parcours vers une publication annoncée en mars 2027, regarder le chemin parcouru prend un relief tout particulier parce qu’une profession ne se construit pas seulement avec des textes, des référentiels ou une norme, elle se construit avec une mémoire, la nôtre. Je vous propose de remonter ici le fil de notre histoire : des visionnaires des années 1950 à la reconnaissance progressive d’un métier aujourd’hui en pleine structuration.
1956–1991 — Les pionniers

1956 — Claude Camilli développe le Massage Sensitif®
Psychologue et analyste jungien, Claude Camilli commence à élaborer une approche associant toucher corporel et dimension psychique.
Après dix-neuf années de recherches et d’applications, son enseignement se structure à partir de 1975 et son premier ouvrage consacré à la méthode paraît en 1979.
Années 1970–1980 — Le renouveau des approches corporelles
Massage californien, shiatsu, relaxation coréenne et différentes approches psychocorporelles commence à se diffuser en France.
C’est la « naissance » d’une nouvelle culture, celle du massage non thérapeutique.
1983 — Jean-Louis Abrassart publie sur le massage californien
Il fait partie des pionniers de sa diffusion en France avant de développer avec son école une approche plus globale du toucher et de la relation.
1985 — Joël Savatofski développe le Massage Essentiel®, une synthèse des influences californienne et suédoise
Il crée le concept de « praticien de massage bien-être ».
1986 — Création de l’École du Toucher-Massage®
Joël Savatofski fonde ce qui deviendra l’une des écoles historiques du massage et du Toucher-massage® en France.
La même année paraît Le Massage douceur qui contribue à populariser le massage auprès du grand public.
1988 — Jean-Louis Abrassart crée la formation à la Relation d’Aide par le Toucher®
Une filiation majeure du massage psychocorporel français se structure autour de son école.
1990 — Création de l’école Form’Action par Guy Largier
Initialement, Guy a créé son école pour former les kinés au massage
Ainsi se structurent les écoles pionnières autour de Claude Camilli, Jean-Louis Abrassart, Joël Savatofski, Guy Largier et Roger Daulin, chacun contribuant à professionnaliser la transmission du massage. Ils se retrouveront pour la plupart dans l’aventure ASMBE/FFMBE…
1992–2001 — Le massage va à la rencontre du public

Le massage investit les lieux de vie : entreprises, écoles, manifestations, centres commerciaux, aéroports, espaces publics… Les interventions contribuent à banaliser l’idée d’un massage court, habillé et non thérapeutique.
1989 — Le massage entre à l’école
Joël Savatofski mène les premières expérimentations d’ateliers massage à l’école expérimentale de la rue Beaubourg à Paris.
1992 — Les premières « Pauses-massage® » ont lieu sur les autoroutes
Le massage assis minute (MAM®) créé par Joël Savatofski en 1991, sa technique de massages courts et habillés sur chaise ergonomique, devient un formidable outil de démocratisation du toucher.
1996 — première mondiale : massage dans le métro parisien.
Joël Savatofski revendique de faire sortir le massage des cabinets pour le rendre accessible à tous.
Années 1990–2000 — Le Toucher-massage® se développe dans le soin
La technique créée par Joël Savatofski spécifiquement dédiée et adaptée au quotidien des soignants se diffuse auprès des infirmiers, aides-soignants et autres professionnels des établissements sanitaires et médico-sociaux.
1999 — rencontre au ministère de la Santé de Bernard Kouchner
L’objectif affiché est de défendre la pratique libre du massage en France.
2, 3 et 4 octobre 2001 — Massage assis à l’Assemblée nationale
1er juillet 2002 — Massage assis à la mairie du XVIIIe arrondissement de Paris
Deux événements qui pourraient paraître anecdotiques mais ont symboliquement fait entrer le massage « dans les institutions de la République » alors que son droit d’exister en dehors du champ de la kinésithérapie demeure contesté.
2001–2004 — Du procès à la mobilisation collective

Début des années 2000 — c’est « L’Affaire massage bien-être »
Joël Savatofski et certains formateurs de son équipe sont poursuivis par l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes-rééducateurs (MKDE) et le syndicat départemental des MK de Côte-d’Or pour « complicité d’exercice illégal de la masso-kinésithérapie ».
Plusieurs formateurs et praticiens seront également directement concernés par cette longue bataille judiciaire.
29 mars 2002 — Naissance de l’ASMBE
Création de l’Association de Soutien au Massage Bien-Être, avec une revendication fondamentale : défendre juridiquement la possibilité de donner et recevoir un massage non médicalisé. Sa Présidente est Martine Burneau.
2002–2004 — Actions militantes et sensibilisation du public
Le massage devient un acte militant : événements publics, démonstrations, rencontres avec les institutions et défense du massage bien-être. Près de 3900 signatures papier de soutien sont rassemblées par l’ASMBE à ces occasions et participeront aux arguments en faveur du massage bien-être lors des procès contre Joël Savatofski et ses équipes.
2002–2003 — procès en première instance puis en appel gagnés contre la Fédération des masseurs-kinésithérapeutes.
12 octobre 2004 — Création de la FFMBE à l’initiative de Joël Savatofski avec Claude Camilli, Jean-Louis Abrassart, Guy Largier et Roger Daulin.
L’ASMBE laisse place à la Fédération Française de Massage Bien-Être. Le combat n’est désormais plus seulement celui du droit de masser : il s’agit de structurer, représenter et faire reconnaître une profession.
Martine Burneau, dans la continuité de l’ASMBE, est la première Présidente. Cette « Affaire massage bien-être » est un épisode fondateur de son histoire.
2004–2015 — Une profession qui commence à se structurer

Mars 2004 — Premier congrès du Toucher-massage®
Cette période voit également se structurer une réflexion sur les effets et usages du Toucher-massage®, notamment dans le soin. Une étude statistique menée par Juliette Grollimund Depoorter est présentée en ouverture de ce congrès. Un livre, Toucher-massage®, 20 ans de pratique(s), regroupe toutes les interventions de cette première édition.
2004–2020 — Les Congrès européens du Toucher-massage®
La série de congrès bisannuels organisée par Joël Savatofski se poursuivra de 2004 à 2020, réunissant professionnels du soin, praticiens, formateurs et chercheurs autour du toucher et de son utilisation notamment dans les institutions de santé.
2007 — Publication par Joël Savatofski de L’Affaire massage bien-être, le livre qui raconte tout le combat avec l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes-rééducateurs.
2008 — Naissance de La Massagère
La FFMBE se dote de sa propre revue professionnelle : 21 numéros sur papier seront publiés jusqu’en 2018, contribuant à créer une culture et une réflexion communes autour du métier de praticen.en en massage bien-être.
10 novembre 2008 — Création de Soiliance
L’association se donne pour objet d’œuvrer à la reconnaissance et à la diffusion du Toucher-massage®. Elle contribue notamment à développer une démarche de recherche sur son utilisation dans le soin.
2009–2011 — Premières études autour du Toucher-massage® et la douleur
Soiliance initie des études pilotes en 2009 et 2010 puis une étude en 2011 sur l’intérêt du Toucher-massage® dans le soulagement de la douleur.
2009 — Mobilisation nationale pour le massage bien-être
La pétition nationale portée autour du droit au massage recueille plus de 10000 signatures.
Années 2010 — Premières démarches de reconnaissance des formations
La profession cherche progressivement à formaliser les compétences, les cursus et les conditions permettant d’exercer professionnellement.
26&27 mars 2015 — Premier colloque FFMBE du massage bien-être
À Paris, la FFMBE rassemble professionnels et penseurs autour de trois notions fondamentales : confiance, relation et éthique. L’objectif est de faire émerger une pensée propre au métier.
.
2016–2021 — Du droit de masser à la définition du métier

26 janvier 2016 — Loi de modernisation de notre système de santé
C’est probablement l’une des dates essentielles : la définition légale de la masso-kinésithérapie évolue et le mot « massage » n’est plus, en lui-même, constitutif du monopole des masseurs-kinésithérapeutes.
30 août 2016 — Le ministère clarifie la situation
Dans une réponse parlementaire, le gouvernement confirme la possibilité pour d’autres professionnels de réaliser des massages à visée non thérapeutique.
2017 — La FFMBE rédige la définition professionnelle du massage bien-être
Le MBE est « un accompagnement personnalisé par le toucher qui utilise des techniques manuelles pour favoriser et optimiser le bien-être global ».
2018–2019 — Construction du premier référentiel métier
Ce référentiel est un outil commun à l’ensemble des praticiens en massage bien-être. Il permet à chacun de retrouver les repères nécessaires à la bonne exécution de son métier, à travers un langage et des outils partagés.
2019 — Adoption du référentiel métier FFMBE
Il n’est plus seulement question de revendiquer un droit à pratiquer mais de décrire précisément ce que fait un professionnel, les compétences qu’il mobilise et le cadre dans lequel il exerce.
2020 — Développement de la marque collective France Massage®
L’annuaire a pour objectif de permettre au grand public d’identifier des praticiens répondant aux exigences professionnelles de la Fédération.
2020–2021 — Étude IFOP/FFMBE sur la pratique du massage par les kinésithérapeutes
Juin 2021 — Rédaction du Code de déontologie FFMBE
Il vise à fixer les règles éthiques et professionnelles pour les praticiens du massage de bien-être.
29 juin 2021 — La Cour de cassation confirme la liberté d’usage du mot « massage »
Faisant suite à la loi de modernisation de 2016, c’est une autre date essentielle de notre histoire : après près de vingt ans de conflit autour du vocabulaire et des champs professionnels, l’usage du terme massage n’est pas réservé aux masseurs-kinésithérapeutes.
2021–2026 — De la structuration à la reconnaissance institutionnelle

2021 — Déploiement national de France Massage®
Une identité collective est proposée aux professionnels et un repère au grand public.
2022–2023 — Renforcement de la représentation professionnelle
La FFMBE fait évoluer son organisation et ses relations avec les organisations professionnelles et les pouvoirs publics.
8 septembre 2023 — Décision d’engager une démarche de normalisation AFNOR
Le conseil d’administration de la FFMBE décide d’engager la profession dans la construction d’une norme volontaire du massage bien-être.
Octobre 2023 — Publication du Livre blanc
Livre blanc pour la reconnaissance et l’encadrement des professions du massage de prévention, d’accompagnement à la santé et de bien-être. Ce document fait un état de nos métiers, des documents existants et rédige, pour le futur, 16 propositions et revendications destinées aux pouvoirs publics.
Mai 2024 — Actualisation du référentiel métier FFMBE
Fin 2024 — La fiche ROME de France Travail
Après un long travail conjoint mené par la FFMBE et France Travail sur la base du référentiel métier, le métier de masseur / masseuse bien-être est désormais identifié par la fiche D1222 du Répertoire opérationnel des métiers et des emplois.
9–15 juin 2025 — Première Semaine nationale du massage bien-être
Une nouvelle étape : après avoir défendu et structuré le métier, il s’agit de le rendre collectivement visible auprès du public.
8 septembre 2025 — Installation des travaux de normalisation AFNOR
Professionnels, organisations et parties prenantes structurés en un groupe d’experts initient l’élaboration d’une norme volontaire consacrée au métier de masseur/masseuse bien-être.
Mai 2026 — Enquête publique sur le projet de norme AFNOR
Après une année de réunions en visio et de rédaction de documents, la future norme entre dans sa phase de consultation publique.
2026 — Déploiement des délégations territoriales FFMBE
La structuration nationale s’accompagne désormais d’une organisation régionale et départementale destinée à faire vivre le réseau professionnel sur les territoires.
2026 / 2027 — Publication de la norme AFNOR (en cours)

En conclusion : Une histoire qui continue de s’écrire
Soixante-dix ans séparent les premières recherches de Claude Camilli du projet de norme AFNOR aujourd’hui en cours de finalisation. Soixante-dix ans durant lesquels le massage bien-être est passé d’initiatives portées par quelques pionniers à un métier exercé par des milliers de professionnel·les, enseigné dans de nombreuses écoles, identifié par France Travail et désormais engagé dans un processus de normalisation.
Le chemin parcouru est considérable. Il serait pourtant réducteur de raconter cette histoire comme une marche régulière et inéluctable vers la reconnaissance. Rien n’était écrit d’avance et rien n’est encore écrit. C’est sans doute ce que cette histoire nous rappelle de plus précieux : un métier n’existe pas seulement parce qu’on le pratique. Il existe aussi parce que des femmes et des hommes choisissent de le penser, de le défendre, de le transmettre et de l’organiser collectivement.
Il nous aura fallu inventer, transmettre, expérimenter, sortir le massage des cabinets, affronter les résistances, défendre devant les tribunaux le droit même d’utiliser le mot « massage », se fédérer, construire des repères communs et, peu à peu, apprendre à faire profession.
La publication annoncée en mars 2027 de la norme NF S99-804 « Massage bien-être – Qualité de service en massage bien-être » constituera une nouvelle étape importante. Elle ne donnera pas soudainement naissance à notre métier, pas plus qu’elle n’effacera la diversité de ses pratiques et de ses histoires mais elle viendra poser de nouveaux repères communs sur un chemin commencé bien avant elle.
Et peut-être est-ce finalement là tout l’intérêt de regarder aujourd’hui dans le rétroviseur. Non pas pour figer notre histoire ou cultiver la nostalgie, mais pour mesurer ce que nous devons à celles et ceux qui ont ouvert la voie — et prendre conscience de la responsabilité qui est désormais la nôtre.
Après avoir longtemps revendiqué le droit d’exister, le massage bien-être entre dans une nouvelle période : celle où il lui appartient de définir collectivement comment il veut exercer, transmettre et grandir. L’histoire du massage bien-être en France n’est donc pas terminée. Nous sommes simplement en train d’en écrire le prochain chapitre.
Pour en savoir plus
Les podcasts
Les articles
Entre médicament, huile et papouilles, demandez le massage !
Réunir à peu près tous les clichés, toutes les confusions sur le massage que notre profession essaie patiemment de démêler depuis des années en une seule chronique est une performance. Il fallait bien que quelqu’un s’y colle, David Castello-Lopes s’en est chargé le 27 août 2026 dans La Grande Matinale de France Inter.
Le massage bien-être… c’est quoi ?
De plus en plus de personnes se tournent vers le massage bien-être pour prendre soin d’elles, prévenir l’épuisement et retrouver un équilibre durable. Mais que recouvre réellement cette pratique aujourd’hui en France ? Quel est son cadre, ses fondements, ses bénéfices et les repères pour s’y engager en toute confiance ?
Fiche métier D1222, France Travail contribue à la reconnaissance de notre métier
Jusqu’à ce jour, si vous demandiez des informations sur les métiers du massage à un conseiller France Travail (anciennement Pôle emploi / ANPE), il vous répondait qu’en l’absence de référencement au Répertoire Opérationnel des Métiers et des Emplois (ROME), il ne pouvait affirmer l’existence de cette profession.
En concertation avec la FFMBE, et après de longs mois d’échanges, France Travail a désormais publié la fiche métier D1222, actant ainsi officiellement les spécificités de notre profession !

« Le Toucher, le sens essentiel de ma vie »
— Juliette Grollimund Depoorter —
